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09/09/2012

Le chemin de croix des Chrétiens en Israël

Contrairement à ce que les réactions des dirigeants israéliens et ses alliés de l'extérieur notamment laissent entendre, cet acte raciste et violent n'est pas isolé. Ces actes sont quotidiens contre les Palestiniens. Ils sont la manifestation d'une société dont les fondements sont ébranlés par plusieurs générations (45 ans) d'occupation et de colonisation, des crimes de guerre que même notre président normal, François Hollande, qualifie de faute politique et crime moral. Ne pas agir contre la colonisation, c'est tuer Israël de l'intérieur. C'est aussi rayer la Palestine de la carte.

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La récente profanation de l'abbaye de Latroun a mis en lumière la situation des chrétiens en Terre sainte.

De notre correspondante à JérusalemDanièle Kriegel  Le Point.fr - Publié le 08/09/2012

Le frère trappiste découvre la profanation de l'abbaye de Latroun, le 4 septembre dernier. © Menahem Kahana / AFP
 
Les dix-huit moines trappistes de Latroun, à 15 kilomètres à l'ouest de Jérusalem, sont encore sous le choc. Depuis sa fondation en 1887, dans un des sites les plus pastoraux de la région, personne ne s'en était jamais pris au monastère de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, le nom de l'abbaye de Latroun. Mardi dernier, à l'aube, tout a changé. C'est frère Louis, 74 ans, le plus âgé de la communauté, qui, alerté par un de ses pairs, a découvert le sinistre : la double porte d'entrée en bois sculpté installée en 1927 avait été incendiée. Sur les murs adjacents des graffitis en hébreu : "Jésus est un singe", juste en dessous de la plaque en plusieurs langues signée par des autorités israéliennes et demandant aux visiteurs de respecter la sainteté du site. De l'autre côté, également inscrits en lettres rouges, trois noms, dont celui de Migron, la colonie sauvage de Cisjordanie, évacuée 48 heures plus tôt par la police et l'armée, sur ordre de la Cour suprême. 
Au vu de la proximité des deux événements et, surtout, des méthodes utilisées par les vandales, les responsables de la police n'ont aucun doute. Ce qui s'est passé à Latroun porte une seule et même signature : celle des jeunes colons extrémistes qui, depuis plusieurs années, pratiquent la politique du "prix à payer" (Tag Mekhir en hébreu). En représailles à des décisions gouvernementales considérées comme hostiles à la colonisation juive, ils s'en prennent à des villages palestiniens, à leurs habitants, aux oliveraies, mais aussi à des lieux de culte. Selon un rapport de l'ONU, on est passé entre 2009 et 2011 de 200 attaques à plus de 400. De janvier dernier à juin, il y en a eu 167. Pour le seul mois d'août, Saeb Erekat, le chef des négociateurs palestiniens, en a dénombré 57. 

"Le prix à payer"

Dans la ligne de mire de ces jeunes juifs ultras se trouvent donc aussi les institutions chrétiennes. En février dernier, des graffitis insultants avaient été peints sur les murs d'une église baptiste de Jérusalem. Peu de temps auparavant, c'était le monastère de la Croix, non loin de la Knesset, le parlement israélien, qui avait été vandalisé. Sur un des murs d'enceinte, des inconnus avaient inscrit : "Mort aux chrétiens" et "le prix à payer". À cela s'ajoute ce qui se passe dans la vieille ville où, régulièrement, prêtres et religieuses se font cracher dessus par des élèves d'écoles talmudiques. 
Dans le communiqué publié après l'attaque contre l'abbaye de Latroun, les évêques catholiques de la Terre sainte n'ont pas mâché leurs mots. Pour eux, c'est le résultat "de l'enseignement du mépris à l'encontre des chrétiens qui prévaut dans la société israélienne". L'un des signataires, le père franciscain Pierbattista Pizzaballa, custode de Terre sainte, a même, fait rare, accordé une interview au quotidien israélien Haaretz. Il met en garde contre la façon dont les chrétiens sont traités dans le pays. "Quand vous prononcez le nom de chrétienté devant des Israéliens, ils pensent immédiatement à l'Holocauste et à l'Inquisition espagnole. La plupart d'entre eux ne connaissent pas la moindre chose à la présence chrétienne dans ce pays. Ils ne savent rien de nos racines, ici." Il évoque une animosité anti-chrétienne assez largement répandue et contre laquelle les responsables politiques ne font rien. 

"Nier notre existence"

Comme preuve de ce qu'il avance, le père Pizzaballa rappelle un événement qui l'a particulièrement heurté, compte tenu du lieu où il s'est déroulé : la Knesset. Il y a quelques mois, la Custodie - institution catholique en charge des intérêts de l'Église catholique romaine en Terre sainte - avait fait parvenir des bibles à des députés. Ce qui n'a pas plu à l'un d'entre eux : le kahaniste, membre du parti de l'Union nationale, Mikhael Ben Ari. Il n'a pas hésité à déchirer le Nouveau Testament devant les caméras. "C'était très choquant... Il y a des milliards de chrétiens pour qui ce livre est sacré." Mais ce qui a fini de scandaliser le custode, c'est la faiblesse des réactions dans le monde politique et le public israélien en général. "Les déclarations, dit-il, se sont résumées au fait que Ben Ari n'aurait pas dû agir ainsi !... C'est un manque total de sensibilité... Une chose aussi grave a lieu et personne ne fait rien. Pratiquement, cela revient à nier notre existence ici."
Cette fois, après l'attaque de Latroun, la classe politique israélienne a largement réagi. Benyamin Netanyahou a dénoncé "un acte répugnant dont les auteurs doivent être sévèrement punis". Le vice-ministre des Affaires étrangères, Danny Ayalon, est allé personnellement au monastère trappiste pour exprimer ses regrets et affirmer clairement que l'État d'Israël condamne de tels actes. De son côté, Ehoud Barak le ministre de la Défense, a appelé à "mobiliser le Shin Beth, la sécurité intérieure, dans la bataille contre le terrorisme juif".
Et c'est précisément la question que se posent la plupart des éditorialistes : d'où vient l'impuissance des autorités à neutraliser ces groupes de jeunes juifs extrémistes et ceux qui les incitent ou les soutiennent ? Comment se fait-il que ni la police, ni l'armée, ni les divers services de renseignements ne parviennent à les mettre hors d'état de nuire ? DansHaaretz, l'éditorialiste Yoël Marcus estime qu'il s'agit d'un danger concret et immédiat dont il faut s'occuper avant qu'il ne soit trop tard. Une fois passée la vague d'émotion internationale, cet avertissement sera-t-il pris au sérieux ? Jusqu'à présent, et le plus souvent faute de preuve, les condamnations par les tribunaux de jeunes colons ultras sont très rares.

 

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