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28.07.2009

Le malaise de Sarkozy vu par Dominique Wolton

Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS,  interviewé dans le nouvel obs. Extrait :

Nicolas Sarkozy sera-t-il amené à saisir l'incident pour changer de style, modérer son allure ?

C'est moins que certain. Plus qu'un style, la folle allure est devenue chez lui un élément de son identité. Très rapidement tout redeviendra comme avant, car il ne peut pas faire autrement. Mais ce n'est pas cela qui en fera un président plus populaire. Il y a une contradiction chez lui, car il n'y a pas de lien direct entre la vitesse, sa gesticulation et la réalité de son action. On reste à la surface des choses et la perception des gens est versatile.

On dit que le style fait l'homme politique. Cela suffit-il pour être crédible ?

Non, je ne crois pas que cela suffise. Les citoyens ont besoin de reconnaître une certaine authenticité. Chez Nicolas Sarkozy, tout est surcodé, surjoué. Les sentiments sont extrêmes, passant d'une grande sévérité à des manifestations d'amitié touchantes. Tout va chez lui tellement vite, tout est à ce point surface que l'on se demande s'il y a encore de la place derrière, s'il y a quelque chose de plus profond. Il y a trop d'exposition du personnage, de sorte qu'il ne laisse pas de place pour un deuxième regard. On a le sentiment qu'il n'a pas le temps d'approfondir les choses.

L'image n'est-elle pas un élément important pour s'imposer en politique ?

La logique d'image ne suffit pas pour s'imposer dans le long terme. La crédibilité et la confiance se construisent avec le temps. Il faut avoir traversé les bonnes et mauvaises situations avec une certaine stabilité, avoir affronté les difficultés avec humilité. Or Nicolas Sarkozy est volontiers cassant, avec un style de banlieue, des expressions comme "casse-toi" qui ne passent pas.

Mais ce petit malaise, qui montre des failles dans la cuirasse, ne pourrait-il pas valoir au président davantage de sympathie ?

Je ne le pense pas. Comme en même temps il joue à l'homme invincible, qui se joue du sort, il y a une sorte de supériorité qui peut créer l'effet inverse. Au fond, les gens s'en moquent. Ils ont l'impression que de toute manière on leur ment, qu'on leur cache quelque chose. Alors ils attendent de voir ce qu'il y a en dessous. Les explications de l'entourage n'ont pas contribué à redonner la vraie dimension à l'événement. Tout est devenu une sorte de récit picaresque dont le président serait le héros...

Comment jugez-vous le traitement médiatique de ce malaise ?

Il y a eu une médiatisation excessive, sans aucun rapport avec l'importance de l'événement. Après tout, le président n'est pas mort. Cela est dû pour une part à la surexposition du chef de l'Etat. Mais la presse en a vraiment trop fait. La presse et les télévisions se sont emballées. On a assisté à une avalanche de commentaires et d'analyses comme si le sort de la République était en jeu. Il y a eu une dramatisation d'un simple malaise qui est malsaine. Bien sûr, les journalistes répondent que c'est ce que veut le public. Mais si la foule veut du sang, doit-on lui en donner ?

 
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